Comment les musulmans doivent-ils agir entre eux lorsqu’ils divergent ?

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SHeikh Muhammad Ibn Sâlih al-’Uthaymîn (rahimahullâh)

Question :

Lorsque deux savants rendent des jugements différents sur un problème personnel, comment devrait-on décider de quelle opinion il faut choisir ? Considérons-nous dans quoi est spécialisé ce savant, son âge ou simplement les preuves qu’il apporte ?
Réponse :

Il est bien connu et il est important que nous sachions ce qui est correct à travers le moyen des preuves. Cependant, il est de son devoir [la personne qui recherche la vérité] de suivre celui qu’il voit comme étant le plus proche de ce qui est correct. Ceci se fait selon la science du savant et le niveau de confiance placé en lui. Quant au niveau de science, il y a certes des gens qui parlent sans science. Nous pouvons avoir certains points de connaissance, tout en en ayant manqué bien d’autres. Quant à la confiance, il y a des gens qui ont beaucoup de science, cependant ils regardent ce que les gens de la passion disent, ainsi ils deviennent négligent et jugent selon ce qui plaît au questionneur. Ainsi, si les savants divergent, regardez celui qui est le plus proche de ce qui est correct [juste]. Tout comme deux docteurs peuvent différer dans le diagnostique ou le traitement d’une maladie. Vous suivrez celui dont vous voyiez que le diagnostique est plus profond et minutieux.

Question :

Si nous choisissons l’avis d’un des deux savants à propos de quelqu’un, un groupe ou un problème, comment agissons-nous avec ceux qui prennent une opinion différente de nous ?

Réponse :

Il est nécessaire que vous coopériez d’une manière qui montre de l’amour et qui les excuse s’ils n’abandonnent pas ou ne délaissent pas leur « ’Aqîdah » [Croyance]. Car les Compagnons (radhiallâhu ’anhum) ont divergé sur des sujets et étaient cependant en accord dans les principes et étaient en conformité. Ils étaient d’accord [mouttafiqoûn] que le but était de rechercher la vérité et ce qui était correct, et ils étaient en conformité [muwafiqoûn] avec la « Charî’ah » [Loi Islamique].Une personne ne parviendra pas à la même compréhension qu’une autre. Ainsi, s’il y a divergence sur une question, il n’y a pas besoin de se disputer. Nous sommes tous d’accord du fait que nous nous tenons sur une unique ligne [c-a-d la même Croyance], car je sais que mon compagnon (qui tient une autre opinion) ne divergera pas de moi sans suivre une preuve, et de même je ne divergerai pas de lui si ce n’est sur la base d’une preuve. Notre but est le même. Donc il n’est pas permis à quelqu’un d’avoir quoi que ce soit comme haine ou colère ou de l’animosité envers l’autre. Nous avons beaucoup d’exemples de cela, parmi lesquels l’affaire des Banî Qouraydhah.

Lorsque le Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) retourna de la bataille de « Ahzâb », et ils avaient cessé leurs préparations pour la guerre, Djibrîl (alayhi as-sallam) vint le voir et lui ordonna de sortir vers les Banî Qouraydhah et de les combattre car ils avaient violé le traité (établit entre eux et les musulmans). Ainsi, le Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) délégua ses compagnons en leur disant de prier le « ’Asr » seulement chez les Banî Qouraydhah, or c’était loin de Al-Madînah. Ils se mirent en route à partir de Al-Madînah, puis vint la prière du « ’Asr », donc certains d’entre eux prièrent, disant que « Le Propète (sallallahu alayhi wa sallam) nous avait dit de ne prier qu’arrivés à Banî Qouraydah seulement pour nous presser à nous dépêcher. D’autres dirent qu’il (sallallahu alayhi wa sallam) « Nous avait ordonné de ne prier qu’à Banî Qouraydah , donc nous ne prierons qu’une fois l’avoir atteint même si le soleil se couche ». Ceci parvint au Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) et il ne blâma ni ne réprimanda aucun d’entre eux, ni aucun d’entre eux ne trouva de fautes à l’autre. C’est ce qui est obligatoire. Si je sais que mon compagnon divergent a une bonne intention et qu’il ne diverge que par le fait qu’il a une preuve avec lui, il est nécessaire de savoir qu’il ne m’est pas permis de ressentir de la haine envers lui. Pourquoi le devrais-je ? Si je venais à justifier le fait que je le déteste, cela reviendrait pour moi à justifier que je doive être obéit, bien que je sois faillible. Ceci n’est pas permis. Son argumentation face à la mienne est similaire à la mienne face à la sienne et il peut également dire : pourquoi ne m’obéis-tu pas ?

Question :

Ceci s’applique t-il également si un savant a critiqué un individu ?

Réponse :

Oui. Je n’aime pas que les savants se critiquent les uns les autres, surtout de nos jours. La jeunesse n’a pas atteint ce niveau. Il est de mon avis qu’il devrait y avoir du respect de la part des savants, et quiconque voit que son collègue savant s’est trompé, il doit lui parler en privé et si cela devient clair que la vérité est avec l’un ou l’autre, alors il est obligatoire de le suivre dessus [celui qui est juste]. Et si la vérité n’est pas rendue claire, alors chacun garde sa place.

Quant aux graves disputes, certes le fait d’être partisan borné de manière injustifiée, et de prendre position de façon virulente jusqu’à atteindre le degré de l’inimitié et de la haine du fait de diverger à propos de quelqu’un parmi les savants, cela est une erreur. Un savant peut même mourir et Allâh prendra compte de tout, et il sera peut-être tombé juste ou dans l’erreur. Si j’apprends qu’il a commis une erreur dans ses paroles, il est obligatoire de délaisser cela et de ne pas le répéter. Et je dois lui trouver une excuse, surtout si je sais que l’homme avait une bonne intention et je dois considérer qu’il a fait un « Ijtihâd » [Effort d’interprétation].

Question :

Qui a le droit de dire que quelqu’un est tombé dans une innovation, ou appeler quelqu’un un déviant ou un innovateur ? Et quelle est la signification du mot « Inhirâf » ?

Réponse :

« Inhirâf » signifie s’écarter du droit chemin. Cela peut représenter un « Inhirâf » total, complet, qui atteint le niveau de mécréance [Kufr] ou bien cela peut représenter un « Inhirâf » qui est dû à une erreur ne menant pas à la mécrénce. La vérité est que nous ne décidons pas simplement de nous-même qu’est ce qui est une innovation. L’échelle avec laquelle nous pesons les choses est le Livre [Kitâb] et la Sounnah. Si ce n’était pas le cas, alors pour toute affaire dans laquelle il y a une divergence entre les savants dans le « Fiqh » [jurisprudence] – et combien il y en a ! – nous dirions que tous ceux qui divergent sont des innovateurs [moubtadi’în] [ici le SHeikh frappa dans ses mains comme si s’en était finit l’affaire !] Et tous ceux qui divergent de nous seraient des innovateurs, et tous les « fuqâha » [jurisconsultes] seraient considérés comme étant tombés dans l’innovation ! Il y a peu de questions sur lesquelles il n’y a absolument aucune divergence.

Question :

Alors si « Inhirâf » est appliqué à un individu, qu’est-ce qui est signifié par là ?

Réponse :

[Le SHeikh illustra visuellement cela par un exemple dans la pièce en disant…] voici un chemin droit menant à la porte, si quelqu’un en dévie, alors [quoi] ? [Le groupe répondit : « Inhirâf ? »] Oui, c’est du « Inhirâf ». Cependant, cela peut être léger, et facile d’en revenir ou bien cela peut être majeur. Et ceci est l’exemple donné par le Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) lorsqu’il traça une ligne droite et des lignes de chacun de ses côtés.

Question :

Comment quelqu’un peut revenir s’il est sorti de ce chemin ?

Réponse :

Par Allâh, le moyen pour les faire revenir est de leur clarifier la vérité avec douceur et compassion, sans attaquer l’homme et lui dire : « tu es un moubtadi’ [innovateur], tu es égaré ! ». Cela ne peut faire autre chose que le faire s’accrocher encore plus fermement à son opinion et, au minimum, il cherchera à se défendre ou cherchera à être soutenu. Cependant, l’on doit venir à lui, avec ce qui est le meilleur. Invite-le chez toi ou va le voir en visite, et dit : « Cette affaire me pose problème ». Il dira « bien sûr c’est un problème », mais toi, tend à faire baisser la dispute avec lui en l’approchant avec humilité [comme si c’était toi qui avait le problème]. Allâh -Subhânahu- dit :

« Allâh est-Il meilleur ou bien ceux qu’ils lui attribuent comme associés ? »

[1]

Sachant bien sûr qu’Allâh soit certes meilleur, mais ceci fut dit ainsi pour le bien du débat (de l’argumentation). Va et dis-lui : « Nous sommes venus pour régler ce problème. Tes paroles étaient « ceci et cela ». S’il te plaît, clarifie-les-moi afin que nous puissions parvenir à une entente ou un accord. »

Si l’on va jusque là, je pense que le frère s’humiliera et se soumettra face à tant de douceur et de gentillesse.

Question :

Que fait-on dans une situation ou certains frères disent : « Nous n’irons pas à tel et tel endroit car un tel et un tel y seront » ?

En d’autres mots, quelles sont les lignes de conduite à tenir en regard du fait d’accomplir la « Hajar » [boycott/éloignement] en ce qui concerne « al-Inhirâf » [la déviance] ?

Réponse :

Premièrement, sachez que cela n’est pas permis envers celui qui est croyant. Aucun croyant n’a le droit d’être boycotté [de manière absolue] même s’il est un fornicateur ou un voleur ou un buveur ou un criminel car rien de tout cela ne le fait sortir de le foi [Imân]. Ainsi qu’Allâh – Ta’âla – le dit :

« Si deux partis parmi les croyants se combattent, alors réconciliez-les et si l’un des deux insiste à combattre l’autre, alors combattez celui qui persiste jusqu’à ce qu’il se soumette à l’ordre d’Allâh, et s’ils cessent, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car certes Allâh aime les équitables. Certes les croyants sont des frères. Etablissez la concorde entre vos frères. »

[2]

Ainsi il n’est pas permis des boycotter le croyant. Il n’est pas permis à un homme de boycotter un autre croyant pendant plus de trois jours. Si les deux se rencontrent, le meilleur est celui qui va initier le « Sallâm » [Salut de paix]. Est-ce que vous comprenez ? Cela n’est pas permis sauf s’il y a un bénéfice au-delà du boycott. A savoir que cela entraîne l’individu boycotté à abandonner son péché pour lequel il est boycotté. Dans ce cas-là, le boycott est un remède. Si cela peut être un remède pour la maladie, alors que cela soit ainsi, mais si ce n’est pas le cas, alors éloignez-vous-en. Quelque fois le boycott peut être une cause pour l’accroissement de l’égarement et de la perte de la personne. Si cependant vous passez le « Sallâm » à la personne et lui souriez, il sera plus doux et reviendra à la vérité. Boycotter car il coupe sa barbe ou fume des cigarettes ou fait du commerce avec « ribâ » [intérêt] n’est pas correct. Il est quand même toujours croyant. Le mécréant est celui auquel nous ne précédons pas à dire le « Sallâm », mais qu’en est-il s’il nous passe le « Salâm » ? Nous sommes obligés de le lui rendre, selon la parole d’Allâh – Ta’âla :

« S’il vous salue, saluez-les d’un salut meilleur ou au moins retournez-le »

Nous ne restons pas à l’écart, or cet individu est un mécréant. Ces points-là en vérité sont spécifiques, et sont ce dans quoi il ne nous est pas permis de juger selon nos émotions. Nous devons toujours retourner au juge, c’est-à-dire retourner au Kitâb [Le Coran] et à la Sounnah, et aux actes des pieux prédécesseurs [as-Salaf us-Sâlih].

Question :

Soyons plus spécifiques et interrogeons sur l’un des points principaux de cette question, mais sans citer de noms ou de personnalités. Supposons que l’un des savants a dit qu’un groupe était très mauvais ou pire ou plus dangereux que les Juifs et les Chrétiens, et une autre personne dit que nous ne pouvons pas généraliser, car il y a tant de gens dedans qui sont ignorants de ces problèmes de groupes [sectes], et il est un mal plus grand de faire une affirmation générale qui les blessera de manière injustifiée. Comment devons-nous agir avec cette personne ?

Réponse :

Pourquoi ne dit-il pas [le savant] : « Le MADHHAB [dogme] de ce groupe est plus dangereux envers l’Islâm que les Juifs et les Chrétiens ? » Ceci est plus correct et plus sûr, sans commettre d’excès sur le partisan de ce groupe. Donnons l’exemple des Chî’ah [Chiites]. Les Chî’ah extrêmes sont plus dangereux que les juifs et les chrétiens car ils disent que leurs imams contrôlent l’univers, que leurs imams sont meilleurs que le Messager (sallallahou alayhi wa sallam). Puis ils maudissent les compagnons sur les minbars et ils maudissent la Mère des Croyants ’Aisha (radhiallahu ’anha). Celle sur la poitrine de laquelle le Prophète (sallallahu alayhi wa sallam) est mort et dont la salive fut la dernière chose qu’il goûta dans ce monde, lors de son jour [attribué], dans sa maison.

Il ose l’accuser ! Même les Juifs et les Chrétiens ne disent pas une telle chose ! En sus de tout cela, le problème est qu’ils disent que cela est l’Islâm ! C’est un véritable problème. Regardez et lisez dans la sourate « Al-Munafiqîn » [les Hypocrites]. Que dit Allâh à propos d’eux ? Il dit :

« Ce sont eux les ennemis, donc prends-en garde »

C’est un genre de phrase restrictive, qui contient deux parties :

« Ce sont eux les ennemis » et « donc prends en garde ». Même avec cela, je ne vois pas de rejet ou de désaveu total, qui dirait par exemple : « Vous les Chî’ah [Chiites] n’êtes qu’un tas de mécréants ! ». Je dirais plutôt que ce madhhab et quiconque suit sa voie est plus dangereuse envers l’Islâm que les Juifs et les Chrétiens. [3]

Notes

[1] Coran, 49/9-14

[2] Coran, 63/4

[3] « Questions/Réponses sur la divergence » de L’Imâm SHeikh Muhammad Ibn Sâlih al-’Uthaymîn (rahimahullâh)

Source : Manhajulhaqq.com

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