La croyance des Ahl Sounna au sujet des Compagnons [Part2]

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Cheikh Saleh Ibn Fawzân Al Fawzân

 

Epître sur le comportement et les sentiments que doivent avoir les musulmans au sujet des Compagnons du Prophète (sallallahu ’alayhi wa sallam)


b) Les causes des troubles :

Les juifs ont comploté contre l’Islam et les musulmans, par le biais d’un homme abominable et maléfique, dont le nom était ‘Abdallah Ibn Saba’, un juif du Yémen, qui prétendait – par mensonge et fausseté – être musulman. Il commença à insuffler haine et poisons contre le troisième Calife bien guidé, ‘Uthman Ibn ‘Affan ([ra]). Des accusations fabriquées de toutes pièces furent dirigées à l’encontre du Calife. Des gens ignorantes et bornées, possédant une foi très faible, et aimant les troubles, se sont ralliées au juif, ce qui a abouti à l’assassinat injuste du calife ‘Uthman Ibn ‘Affan , qu’Allah l’agrée. Suite à cela, la désunion et les disputes ont émergé chez les musulmans, discorde initiée et nourrie par ce Juif et ses adeptes, qui aboutirent aux luttes entre les Sahabas par effort d’interprétation (Idjtihâd).

Le commentateur de “At-Tahawiyia” ( Ibn Abil ‘Izz Al-Hanafi ) a dit : ” Le concept de Rafdh (ou rejet) a été inventé par un hypocrite hérétique qui voulait détruire l’Islam et porter atteinte au Messager (saw), comme l’ont affirmé les savants. ‘Abdallah Ibn Saba’, en prétendant adhérer à l’Islam, recherchait par ce moyen à abimer l’Islam à travers ses stratagèmes et sa traîtrîse, comme l’a fait Paul à l’égard du Christianisme. Il manifestait une fausse piété, prétendait encourager le bien et interdire le mal, jusqu’à créer les troubles qui aboutirent à l’assassinat de ’Uthman. Lorsqu’il se rendit à Koufa, ‘Abdallah Ibn Saba’ promu des croyances déifiant ‘Ali, et recruta des partisans pour accomplir son but précité. Lorsque ‘Ali entendit cela, il ordonna que ’Abdallah ibn Saba’ soit exécuté, mais celui-ci s’enfuit vers Qarqis. Et ces détails sont connus dans les livres d’histoires.”

Shaykh Al-Islam Ibn Taymiyah, a dit :

“Lorsque ‘Uthman, qu’Allah l’agrée, a été assassiné, il y a eu une fissure dans la communauté, et les musulmans ont souffert de grands maux et soucis ; les mauvaises gens prévalaient et les pieux ne dominaient pas. Ceux qui par le passé étaient dans l’incapacité de faire du mal, ont profité des troubles, alors que ceux qui désiraient le bien et la réforme ont été dépassés par les événements.
Les gens ont prêté serment d’allégeance au Chef des Croyants (Amîr Al Mu’minîn), ‘Ali Ibn Abî Tâlib, qui était celui qui le méritait le plus et le meilleur des Sahâbas restants. Cependant, les coeurs étaient désunis et le feu de la discorde était toujours ardent. C’est pourquoi, l’unité fut difficile a établir, et la solidarité disparut. Par conséquent, Le Calife et les autres éminences de la communauté ne purent accomplir tout le bien qu’ils voulaient. Divers groupes de gens entrèrent alors dans la divergence et la discorde, et il se produisit ce qui arriva”  [1]

Shaykh Al-Islam Ibn Taymiya a clarifié les excuses des deux parties belligérantes, qui se sont combattues dans la lutte confrontant ‘Ali et Mou’awiya disant :

” Et Mu’âwiyah n’a manifesté aucune ambition pour le califat, et personne ne lui avait prêté serment d’allégeance comme Calife lorsqu’il combattit ‘Ali. D’ailleurs il ne combattait pas pour devenir Calife, ou parce qu’il pensait le mériter. Et c’est ce que Mu’âwiyah affirmait lorsqu’on l’interrogeait à ce sujet. De même, Mu’âwiyah et ses partisans n’ont jamais pensé à initier le combat contre ’Ali et ses alliés ou à le rabaisser. Cependant, étant donné que ’Ali (qu’Allah l’agrée) – ainsi que ses alliés – pensaient qu’il était nécessaire pour Mu’âwiyah et ses adeptes d’obéir (à ’Ali) et lui prêter serment d’allégeance – car il ne peut exister qu’un seul Calife pour les musulmans – ; et compte tenu du fait que ces derniers étaient rebelles à son autorité, refusaient de lui obéir et représentaient une certaine force militaire, ’Ali décida de les combattre afin qu’ils se soumettent, et que l’obéissance et l’entente règnent.

Quant à Mu’âwiyah et ses alliés, ils affirmaient : “Cette obéissance ne nous est pas obligatoire, et si on nous combat pour cette raison ce serait nous faire injustice. En effet, ’Uthmân a été tué injustement – chose sur laquelle tous les musulmans sont d’accord – ; or les assassins de ce dernier – nombreux et armés – se sont infiltrés dans les rangs de l’armée de ’Ali, et par conséquent, si nous refusons le combat, ces assassins s’attaqueraient à nous et nous oppresseraient. De plus, ’Ali ne pourrait les en empêcher, de la même façon qu’il n’a pu empêcher l’assassinat de ’Uthmân. C’est pourquoi nous ne prêterons allégeance qu’à un Calife capable d’être juste avec nous.”

Et l’attitude des Ahl Sunnah Wal Djamâ’ah concernant cette dispute et les troubles qui ont conduit aux luttes entre les Sahabas peut être résumée en deux points principaux :

Premièrement : ils s’abstiennent de discuter ou de rentrer dans les détails des troubles et disputes qui se sont déroulés entre Sahabas, car c’est la voie la plus sure concernant ce sujet, et les Ahl Sunnah Wal Djamâ’ah disent : “« Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans nos coeurs aucune rancoeur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux »” Sourate 59 : Al-Hasr (L’EXODE) ; V 10]]

Deuxièmement : ils répondent à toutes les traditions qui énumèrent leurs erreurs et cela pour plusieurs raisons :

  • La première raison : certaines de ces traditions sont forgées contre les Sahabas par leurs ennemis et ce afin de nuire à leur réputation.
  • La deuxième raison : certaines de ces traditions ont subi retraits et ajouts et le sens en a été altéré, et par conséquent le mensonge s’y est introduit. En d’autres termes, elles ont subi des distorsions et ne doivent pas être prises en considération.
  • La troisième raison : Les traditions authentiques à ce sujet sont peu nombreuses, et – dans tous les cas – les Sahabas sont excusés à ce sujet, car ils sont soit des Mujtahidûns ( i.e. ils ont fait un effort d’interprétation) qui ont atteint la vérité, soit des Mujtahidûns qui ont manqué au bon jugement. Dans les deux cas, ils seront récompensés, d’après le Hadith du Messager d’Allah (صلى الله عليه وسلم) : « Si un juge fait un effort et atteint le bon jugement, il aura deux récompenses, et si il fait un effort et manque le bon verdict, il aura une bonne récompense. » [2]
  • La quatrième raison : les Compagnons sont des êtres humains capables de commettre des erreurs, car ils ne sont pas infaillibles en tant qu’individus, et pour les choses qu’ils ont pu commettre, ils bénéficient de nombreuses causes d’expiation, dont :
    • 1) Ils se sont repentis, et le repentir efface tous les péchés, quels qu’ils soient, conformément aux preuves claires.
    • 2) Leurs passés glorieux et leurs mérites engendrent le pardon d’Allah concernant leurs erreurs – si erreur il y a – car Allah, L’Exalté, a dit : « Les bonnes œuvres dissipent les mauvaises. » [3]
    • 3) Leurs bonnes actions sont bien plus multipliées que celles des autres musulmans, et personne ne les égalera jamais en excellence et mérites. Car il a authentiquement été rapporté du Prophète (صلى الله عليه وسلم) qu’il les a décrits comme étant la meilleure génération de musulmans, et que la valeur d’une poignée de nourriture donnée en aumône par l’un d’eux est plus grande encore que l’équivalent en or du mont Uhud donné en aumône par un autre musulman. Qu’Allah les agrée et les comble de satisfaction.

Shaykh Al-Islam Ibn Taymiyah (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit :

Les Ahl Sunnah Wal Djamâ’ah et les Imams de l’Islam ne croient pas en l’infaillibilité des Sahabas, ni en celle de la famille du Prophète (صلى الله عليه وسلم), ni des premiers musulmans, ni de quelqu’un d’autre. Ils affirment plutôt qu’il est possible qu’ils aient commis des pêchés, et Allah, L’Exalté, leur pardonne leurs péchés par leur repentir et élève leur rang, et Il pardonne aussi leurs pêchés pour leurs actions méritoires , ou pour tout autre raison semblable.

Allah le Très Haut a dit :

« Tandis que celui qui vient avec la vérité et celui qui la confirme, ceux-là sont les pieux. Ils auront tout ce qu’ils désireront auprès de leur Seigneur ; voilà la récompense des bienfaisants, afin qu’Allah leur efface les pires de leurs actions et les récompense selon ce qu’ils auront fait de meilleur » [4]

Et Il a dit – Elevé soit Il – :

« …Puis quand il atteint ses pleines forces et atteint quarante ans, il dit : « O Seigneur ! Inspire-moi pour que je rende grâce au bienfait dont Tu m’as comblé ainsi qu’à mes père et mère, et pour que je fasse une bonne action que Tu agrées. Et fais que ma postérité soit de moralité saine. Auprès de Toi je me repens et je suis du nombre des soumis ( musulmans). Ce sont ceux-là dont Nous acceptons le meilleur de ce qu’ils œuvrent et passons sur leurs méfaits, ( ils seront ) parmi les gens du Paradis, selon la promesse véridique qui leur était faite. » [5] [6]

Les ennemis d’Allah utilisent les événements qui se sont produits entre les Sahabas au moment des troubles, disputes et combats comme moyen pour les dénigrer et ternir leur honneur. Or, certains écrivains contemporains – qui parlent de choses dont ils n’ont aucune connaissance – ont suivi ce stratagème maléfique consistant à critiquer les Sahabas du Prophète (صلى الله عليه وسلم). Ils se sont établis comme arbitres pour juger les Sahabas du Messager d’Allah, classant certains d’entre eux comme ayant raison et d’autres tort, sans aucune preuve si ce n’est l’ignorance et le suivi des passions. Ils ont répété les allégations des orientalistes haineux et de leurs adeptes au point de semer le doute dans la jeunesse musulmane possèdant une connaissance superficielle de l’histoire glorieuse de leur communauté, et de leurs pieux prédécesseurs, qui sont les meilleures générations. Par ce moyen, ils cherchent à dénigrer l’Islam, à semer la discorde parmi les musulmans, et à planter les racines de la haine dans les cœurs des générations contemporaines à l’encontre des premières générations, alors qu’ils devraient suivre leurs pieux prédécesseurs en appliquant le verset : ” Et ( il appartient également) à ceux qui sont venus après eux de dire : « Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu’à nos frères qui nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux. » ” [7]

_________________

[1] Majmû’ El Fatâwâ » vol 25 p 304-305

[2] Rapporté par Bukhari et Muslim d’après ’Amru ibn El ’Âs

[3] Sourate 11 : HOUD ; v 114

[4] Sourate 39 : AZ-ZUMAR (LES GROUPES) ; v 33-35

[5] Sourate 46 : AL-AHQAF ; v 15-16

[6] Voir Madjmû’ Al Fatâwâs 35/69

[7] Sourate 59 : Al-Hasr (L’EXODE) ; v 10


Source :

Kitâb At-Tawhîd
Auteur :

Cheikh Saleh Ibn Fawzân Al Fawzân
Traduction :

L’équipe Sounna.com

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